Manu Katche – Road Book. Passionnant et Authentique

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Manu Katché et sans conteste le batteur Français (le musicien Français ?) le plus connu au monde. On parle ici d’une véritable légende de la batterie, et de l’industrie musicale pop anglo saxonne. Bon je ne refais pas sa bio, ni son CV, vous savez où trouver ces infos.

Le livre est une série d’anecdotes, plus ou moins croustillantes sur son métier, les gens qu’il a rencontré, les expériences qu’il a vécues. Etrangement la carrière « française » de Manu n’y est que très peu mentionnée, il s’attache à parler quasi exclusivement de ces collaborations internationales. l’auteur s’en explique d’ailleurs à mot couverts au début du livre : Les musiciens français « se la jouent ». Etonnant pour quelqu’un qui a travaillé avec Jonaz, Sanson, Voulzy, Cabrel… Aucun de ces artistes n’est mentionné. Il nous transporte plus volontiers dans la « Music Industry » internationale. Le mec a fait à peu près 50 fois le tour du monde, et a joué avec la crème de la pop-world des années 80 et 90. Il a connu les heures de gloire de l’industrie du disque, ou les maisons dépensaient sans compter pour leurs artistes, et ceux ci le leur rendaient bien puisque les albums se vendaient par dizaines de millions.

Manu faisait donc partie de cette caste de musiciens « stars », qui voyageaient en concorde, tout frais payés, qui séjournaient dans des 5 étoiles, et qui avaient des agents pour gérer leur business, et leur agenda ! (pour info, l’agent de Manu Katché, était basé à New York, et s’occupait également du groupe U2 !).

La lecture de ce petit livre est, pour un musicien, une sorte de rêve permanent, ou on a, à chaque instant, envie de vivre ces moments, de passer son temps à faire de la musique, à enregistrer des chansons, à rencontrer des artistes, à ne pas se soucier de ses fins de mois, de son agenda, à pouvoir choisir les projets musicaux qui nous ressemblent… Passer au dessus, au dessus des galères, du business, dans ce petit monde ou finalement, tout ce qui compte c’est la musique.

Katché le dit lui même, il se la pète dans se livre. C’est vrai, il sort beaucoup de citations de gens parlant de lui, en bien, évidemment. On sent presque, une sorte de bras d’honneur au monde musical français, avec qui il a, visiblement, un contentieux. Nul n’est prophète en son pays, et c’est peut être ça qui dérange Manu… Il aurait peut être aimé avoir en France la reconnaissance de ses pairs, comme il l’a eue à l’étranger…

En tant que batteur je peux en parler : il y a dans ce pays un fantasme absolu du batteur américain… (anglais dans une moindre mesure). Et l’identité profondément française de Katché, faites d’influences classiques, africaines, et anglo-saxonnes, est à l’opposé de ce que la majorité des batteurs américains proposent. Les Français écoutaient donc Sting avec la déception de ne pas voir une superstar US  de la batterie (Colaiuta pour ne pas le citer) derrière lui, mais un Français, discret, au jeu simple et musical… Combien de fois j’ai entendu qu’en France, des batteurs comme Katché, il fallait juste se baisser pour en ramasser, et que lui a juste eu de la chance…

Sauf que, ce qui lui est reproché ici en France, est la clé de sa réussite mondiale… voici pour moi les différents points qui ont fait son succès : Il a un style bien à lui. Ancien percussionniste classique, il joue beaucoup sur les couleurs et les dynamiques, avec une technique parfaite. Il mélange ça avec des influences Africaines, héritées de ses virées nocturnes dans les clubs parisiens, virées dans lesquelles il a aussi beaucoup joué de Jazz. Le tour de force qu’il a réussit, c’est d’arriver dans le monde de la « variété » et d’imposer ce style là, et de ne pas se conformer aux standards en vigueur. Il raconte que pour les musiciens de Jazz, il est un rocker qui fait du Jazz, et que pour les musiciens de Rock, c’est un Jazzman qui fait du Rock. Il faut une bonne dose de confiance en soi, de prétention, pour arriver à imposer un style, un son, une patte, et il n’en manque pas. En gros, à sa place, beaucoup aurait essayé de jouer comme les américains, pour « faire le taf »… Lui a réussit à jouer comme Katché, et de là tout est parti, on l’appelait pour faire du Manu Katché, rien d’autre. Il n’avait plus à lutter dans les studios, les gens savaient en l’appelant, pourquoi ils l’appelaient. Chose amusante, Manu parle très peu des autres batteurs, il s’en préoccupe peu, il trace sa route, comme s’il voulait se protéger de toute influence extérieure, et garder sa ligne de conduite artistique.

La clé de tout est là : l’identité musicale. Ce livre, l’histoire de ce mec, me touche car elle pose de vraies questions que tous les musiciens devraient se poser. On passe parfois sa vie à essayer de ressembler à quelqu’un, on a des batteurs favoris, on repique leurs morceaux, on reprend leurs « plans »… Mais on passe assez peu de temps à se demander qui on est vraiment… Manu est un gars venu de banlieue parisienne, il ne se raconte pas d’histoires, il ne se la joue pas sorti du bronx pour faire une musique qui ne correspond en rien à sa culture ni à celle de son pays… Bref il joue tel qu’il est. Le plus grand dénominateur commun entre tous les grands artistes, est l’authenticité. On est en plein dedans avec Katché, et les grands artistes savent se reconnaitre entre eux, d’où son immense carrière.

J’adore Manu Katché, car c’est le mec qu’on admire mais auquel on ne veut pas ressembler, puisqu’il nous donne l’envie de ne ressembler à personne ! Il est bien plus qu’un bon batteur à mes yeux. Lisez son bouquin, et écoutez le jouer.

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